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Pablo Tillac

Pablo Tillac

Ode à Tillac

« Samouraï du croquis authentique » ou encore « Polytechnicien des arts plastiques », les dénominations ne manquent pas pour qualifier le peintre camboard, Pablo Tillac (1880-1969). Les Éditions Atlantica consacrent un ouvrage à ce créateur de génie reconnu sur le tard. Pierre Minvielle, homme érudit et d’édition, réussit avec brio à relater le parcours de ce grand artiste. Natif de la bourgeoisie charentaise, le jeune homme, né Jean-Paul, s’est rebaptisé lui-même Pablo. En hommage à son grand-père maternel basque espagnol a-t-il déclaré, à moins que ce ne fût pour une fiancée madrilène, on ne sait pas bien, « le bougre a bluffé tant de fois ». Assurément, dès la présentation du personnage, le lecteur s’attend également à être bluffé par la personnalité de cet être atypique. Et c’est le cas !

L’« artiste-voyageur » quitte Angoulême en 1896 pour intégrer la prestigieuse École des Beaux-Arts de Paris. Une fois son diplôme acquis, il séjournera à Londres, puis s’envolera pour un périple outre-Atlantique. Il remettra un pied en France en 1910, pour continuer sa route jusqu’à Madrid, qui bouleversera alors le cœur du promeneur. Il s’y installera et ne rentrera en France que contraint par la guerre, et choisira Cambo pour y poser ses pinceaux. Solitaire et indépendant, ce nouveau cadre de vie l’inspire. « Véritable joyau », « lieu d’étude admirable », c’est ainsi qu’il qualifiera le village du Bas Cambo, devinant le potentiel de cet endroit pour devenir un « magnifique atelier ».

L’ethnographe des basques

De façon quasi-obsessionnelle, le passionné se met à croquer tout ce qu’il observe. Tel un musicien répétant ses gammes, il se prend de passion pour la région, et avec la polyvalence qui le caractérise, commence à compulser documents scientifiques et recherches anthropologiques, tout en crayonnant ceux qu’il croise, afin de comprendre l’ethnie basque. Élevé dans le culte de l’Antiquité, et passionné par les grands maîtres de la Renaissance, il empruntera aux portraitistes du Quattrocento le principe de la « mimique intensifiée » et travaillera dès lors la ligne, fluide et graphique, de ces figures basques si typiques. À contre-courant de l’école cubiste et des débuts de l’abstraction, il conservera son trait appliqué à la représentation figurative, se positionnant en témoin privilégié en devenant l’ethnographe des basques. Parallèlement aux croquis et esquisses, son adoration transparaîtra également au travers de diverses publications scientifiques, de la survivance du costume ibérique à l’étude des pottokak.

1930 marque l’apogée de sa carrière, il devient illustrateur dans l’édition et introduit la couleur, dont certains trouveront l’éclat outrancier « Que non ! C’est sa façon à lui de lancer une note joyeuse pour égayer la ligne d’une romance un peu chagrine ». Créant toujours davantage, cette accoutumance devient « drogue douce qui lui fait oublier le présent », ses collaborateurs appréciant l’utopie de l’artiste. Mais le 13 juillet 1936, à Madrid, sonne le début de l’insurrection et Franco s’impose. Déchiré par la situation de ce pays qu’il a tant aimé, le créateur réagit graphiquement, d’abord par l’emploi d’allégories, puis par des dénonciations affirmées. Possédant les qualités de l’Académisme, il retourne à son goût premier, après la guerre d’Espagne, en œuvrant à la réalisation de « gouaches archéologiques ». Une fois de plus, le brio du maître s’impose. Vivant modestement, le polytechnicien, qui maîtrise aussi bien les pinceaux, que les gravures à l’eau-forte ou encore la lithographie, se résoudra à la réalisation de quelques œuvres commerciales.

L’homme aux 7000 croquis

Le contexte de la deuxième guerre mondiale marquera une nouvelle fois un tournant, et Tillac deviendra portraitiste sous l’occupation, jouant avec la «satire historique » et s’amusant de ses créations subversives et clandestines. On l’affublera du sobriquet de « L’homme aux 7000 croquis ». Il finira par son tableau le plus imposant et le plus connu depuis lors « Le Basque méfiant ». Condensé de toutes ses années de recherches picturales, cette œuvre testamentaire signe l’osmose parfaite du trait, de la couleur, de la composition, et de toutes ces anecdotes graphiques qu’il a amassées au fur et à mesure des années.
À la différence de nombreuses biographies d’artistes descriptives et sans surprise, Pierre Minvielle réussit à nous faire remonter le temps pour suivre les tribulations de Pablo Tillac, un artiste sensible pour qui on ne peut que se prendre de compassion et constater l’étendue de son talent.

Merci Pablo pour cette visite en terres basques ! Nul ne contestera la clairvoyance de ton ami, Pierre Espil, lorsqu’il te consacrait : « Basque par le cœur et par le talent ».

Caroline, Aïtana Design.

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